La science citoyenne peut-elle aider les communautés autochtones à défendre leur droit à une eau propre ?
Dans les hautes terres de Bolivie, le bassin du fleuve Katari alimente le lac Titicaca, une ressource vitale pour les populations locales. Pourtant, ses eaux sont gravement polluées par les déchets miniers, les rejets urbains et les activités agricoles en amont. Les communautés aymaras, installées en aval, subissent de plein fouet cette contamination. Elles voient leur accès à une eau saine menacé, tout comme leur sécurité alimentaire et leurs traditions. Face à ce déséquilibre environnemental, une approche participative a été testée : la science citoyenne.
Pendant quatre mois, des membres de la communauté, surtout des jeunes, ont prélevé et analysé des échantillons d’eau à l’aide de méthodes simples et peu coûteuses. Les résultats sont alarmants. Les taux de solides dissous, de phosphates et de turbidité dépassent régulièrement les normes nationales, surtout dans le fleuve Katari. Ces données ont été discutées lors d’ateliers locaux, où les participants ont pu les confronter à leurs observations quotidiennes. Pour eux, la dégradation de l’eau n’est pas seulement un problème technique, mais une injustice qui affecte leur santé, leurs cultures et leur mode de vie.
Cette démarche a permis de renforcer les connaissances locales sur la pollution et ses causes. Les participants ont appris à mesurer la qualité de l’eau et à comprendre les liens entre cette pollution, la disparition des poissons, les maladies et la réduction des récoltes. Les ateliers ont aussi favorisé les échanges entre générations, les aînés partageant leurs souvenirs d’un fleuve autrefois propre et poissonneux. Les jeunes, souvent moins conscients de cette dégradation, ont pris conscience de l’ampleur du problème et de son impact sur leur avenir.
Cependant, si la science citoyenne a éclairé les communautés sur leurs droits et les risques encourus, elle n’a pas suffi à faire bouger les institutions. Les participants ont exprimé leur frustration face à l’absence de réponses des autorités et au manque de mécanismes pour traduire ces données en actions concrètes. Sans appui juridique et sans volonté politique, leurs revendications restent lettre morte.
L’étude montre que la pollution de l’eau ne se limite pas à un enjeu environnemental. Elle est étroitement liée à la sécurité alimentaire, à la santé et à la préservation culturelle. Les communautés autochtones, bien que reconnues par la loi bolivienne, peinent à faire valoir leurs droits face aux activités industrielles et urbaines en amont. Pour elles, la science citoyenne représente un outil précieux pour documenter les problèmes, mais son efficacité dépendra de son intégration dans des cadres juridiques et politiques plus larges.
Cette expérience souligne l’importance d’associer les savoirs locaux aux données scientifiques. Elle révèle aussi les limites d’une approche purement technique : sans accompagnement juridique et sans engagement des pouvoirs publics, les communautés restent vulnérables. Leur combat pour une eau propre et un environnement sain nécessite une reconnaissance réelle de leurs droits et une gouvernance plus inclusive.
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Source principale
DOI : https://doi.org/10.1007/s00550-026-00588-2
Titre : Indigenous community-based approaches to environmental justice through citizen science
Revue : Sustainability Nexus Forum
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Afnan Agramont; Analy Baltodano Martinez; Mohammad Gharesifard; Leonardo Villafuerte Philippsborn; Liliana Lizarazo-Rodriguez; Stuart Warner; Ann van Griensven